dimanche 5 juillet 2020

CHAPITRE SIX : LE MANOIR

CHAPITRE SIX: LE MANOIR

 

On était le début de l'après midi, on avait vu revenir, bien qu'assez discrètement le sergent Blake et le caporal Rowe visiblement victorieux, mais ma présence d'un infirmier n'avait pas vraiment rassuré tout le monde...Il s'occupait de Blake mais l'homme avançait en rigolant, et du coup, le médecin suivait minablement, penaud, tout en essayant d'examiner la plaie.

Cela devait donc être une égratignure, se disaient les soldats en se remettant à l'exercice.

Peu de temps après avoir mangé, Mortimer intercepta mine de rien dans un couloir Mouse et lui fit signe de le suivre, ce qu'elle fit aussi discrètement que possible. Comme tout, tôt ou tard cela se saurait, d'autant que les faits étaient là. Que la blessure de Blake soit grave ou une simple égratignure, elle était l'officier suivant sur la liste.

Et pire que ça, lorsqu'elle déboula dans la petite pièce, deux surprises l'attendaient.

Premièrement, il n'y avait pas d'autres soldats et elle comprit aussitôt qu'elle serait seule. Secundo, Mortimer avait placé une immense photo d'une maison à trois étages, ressemblant vagument à un manoir moderne.

-C'est la résidence secondaire de notre ami Eduardo Sanchez de la Villa. Lança Von Dick les mains derrière le dos en la fixant intensément. Les regroupements des informations interservices et nos observations, ainsi que les indices trouvés ici et là le confirme. Une maison champêtre à la campagne. Peu de bois à traverser , peu de ravines aussi, sourit-il en faisant un clin d'oeil. Néanmoins, il n'y a pas trente six milles façon de s'approcher en douce et la demeure est sous la vigilance de gardes assez costauds. Entouré de murets haut de trois mètres avec verres et barbelés, caméras de surveillance et capteurs de mouvement, il faudrait littéralement un bombardier pour en venir à bout mais nous devons agir subrepticement...Aussi, il n'y a plus qu'une seule possibilité...

A côté de la carte se dressait un plan griffonné. Il indiqua deux traits qui formaient une rivière comme il l'annonça et menant à un muret.

-Voila le point d'entrée. Les barreaux sont rouillés et il n'y a aucun capteur de mouvement. Notre agent est même parvenu à le saboter histoire que lorsque vous y serez vous n'aurez qu'à donner un petit coup pour que ça tombe...Alors ok il faut piétiner dans l'eau, de l'eau mélangée aux égouts de la demeure, mais c'est le seul moyen d'entrer.

Il hésita tourna un oeil vers l'aide de camp puis reprit;

-Actuellement, De la Villa n'est pas ici, il se terre en ville. On dit qu'il tient une réunion au sommet avec les caids en chef pour essayer de comprendre la source de tous ses malheurs et nul doute qu'il n'y parvienne promptement et démasque nos agents, aussi, il faut agir très très vite et le faire paniquer encore plus afin qu'il ne se dévoile. Pour cela, vous allez faire exploser cette demeure...Dans le garage est stationnée deux limousines, trois Cadillacs, deux Ferraris, une Porsche et une Lamborghini. Une rumeur fait état qu'environ un million de dollars serait enfermé dans un coffret...bref, vous l'avez compris, l'on ne fera pas dans la dentelle! Clama t-il en tapotant la photo de la maison.



Pendant ce temps, Mortimer était passé dans la salle attenante et en revenait avec le fusil M203 et des grenades.


-Avec tout cela, reprit Von Dick en se curant la moustache, vous avez de quoi faire des ravages. Mais vous devrez agir extrêmement vite...Vite mais attention, ne mélangez pas vitesse et précipitation, ça ne fait généralement pas bon ménage. Ah, et encore une chose. Il semblerait d'après notre observateur qu'il y ait un capo dans les lieux, mais ce n'est pas avéré sûr à 100%...donc méfiance...Ce serait un certain Juanito 'Coupe-main' Alvarez, un truand notoire qui est également le bras droit, si je puis me permettre, d'un certain Alfredo Kasimiro...Il surveillerait donc la propriété.

Mouse opina en prenant des mains le fusil d'assaut.

Cette mission, elle ne la sentait pas vraiment. Blake aurait été bien plus à son aise. Mais n'osant piper mot, elle salua, claqua des talons et suivit Mortimer.

-Exceptionnellement nous allons vous conduire sur un chemin de transverse d'où vous prendrez la rivière...

De fait, ce ne fut pas à la porte latérale rouillée qu'ils aboutirent mais devant l'entrée principale, dans un parking souterrain où plusieurs véhicules attendaient patiemment, principalement d'ailleurs des véhicules civils. C'est à bord d'un vieux SUV très amoché qu'elle prit la place et fut surpris de voir Rowe présent. Il salua, sourit;

-Sergent, j'ai demandé à vous accompagner et à vous attendre...Lança t-il en démarrant. Le moteur gronda sourdement, bien loin du côté poussif qu'on aurait put s'attendre d'un véhicule en si piteux état et rapidement, l'engin bondit sur la pente et fila en dehors du camp.

 

 

La Rivière:

 

Ils roulèrent pendant une demie heure, Rowe tâchant de ne pas dépasser la vitesse autorisée, tout en étant attentif à tout mouvement sur la bordée du chemin cahoteux. On aurait dit que les hommes avaient massacré comme ils en avaient si souvent l'habitude la forêt afin d'y créer cette route, reliant ainsi deux points, extrêmement distants les uns des autres, formant ainsi un raccourci en terme de vitesse.

 Malgré toutes les précautions prises, ils ne croisèrent pas d'autres véhicules et consultant son GPS de plus en plus souvent, Rowe finit par prendre un sentier de traverse assez large pour que le SUV y passe, rebondissant ici et là, fracassant moult branches. Puis, il ralentit, bifurqua sur la droite, roula sur plusieurs mètres, se fiant cette fois, à un plan qu'il avait sur ses jambes jusqu'à s'immobiliser.

-Nous sommes arrivés, j'attendrai ici...Il tendit la main vers un point. Si j'estime la fiabilité de la carte, à trois cent mètres se situent la rivière...qu'il faudra remonter jusqu'au manoir.

Il était inutile qu'on lui réexplique ce qu'elle devait faire aussi, opina t-elle seulement du chef, assura qu'elle avait tout l'équipement et sortie pour disparaître sans même un regard à son compagnon. Rowe soupira se laissant aller sur le dossier mais ayant toujours un oeil sur le rétroviseur. Savait-on jamais.

Rivière localisée, elle testa la fraîcheur qui était relativement froide avant de s'y glisser non sans grimacer. C'était étonnant le nombre de lux d'eaux que comptait cette forêt, et d'autant plus troublant que tous les matins, du moins à chaque opération, elle trouvait un uniforme propre et repassé à sa porte, l'ancien ayant disparu. Sûrement brûlé d'ailleurs car elle doutait que l'unité ou l'agence qui les employait allait conserver de  de telles preuves. On pouvait remonter à beaucoup de choses en analysant ne serait-ce que la terre, les feuilles qui s'accrochaient aux vêtements, il n'y avait pas que le sang qui était capable de donner des indices parlant, hors, l'Agence pour laquelle elle, enfin, ils travaillaient, ne faisait visiblement pas les choses dans la demi-mesure et ne prenait aucun risque. Ce qui n'était certes pas pour lui déplaire.

Ces pensées lui évitèrent de songer pendant quelques minutes à sa pénible et fastidieuse marche aux travers une rivière plus étroite qu'elle ne semblait de prime abord, et surtout, qui avait un courant bien plus rapide qu'elle ne l'avait estimé, la forçant à lutter, se courbant autant que faire se peu tout en esquivant les nuées de moucherons et moustiques qui prenaient malin plaisir à la malmener, ce, malgré les crèmes mises justement pour les contrer.

Néanmoins, en experte aguerrie, ces petits impondérables ne l'empêchèrent nullement d'atteindre une sorte de ponton en bois où se tenaient deux hommes qui discutaient secs tandis qu'un autre, sur la rive gauche, fumait tranquillement une cigarette. Deux autres attendaient sur la rive droite.

Et tous avaient une fixation sur la grille rouillée à peine visible.

Merde, songea Mouse en se collant contre un buisson teigneux mais qui la dissimulait au mieux. Que faire? Elle comprenait à peine les paroles mais un des bandits désignait vraiment son point d'entrée ce qui l'affola un bref instant.

Elle prit toutefois une longue inspiration, se concentrant sur ce qu'il fallait faire. Agir vite. Et bien.

Elle ne pourrait tuer les cinq guérilleros et de toute façon l'alerte serait aussitôt donnée. Elle pouvait toujours annuler, repartir, expliquer mais son égo lui disait que non, qu'il y avait moyen.

 Si en effet les barreaux étaient si faibles, elle avait une chance d'infliger un max de dégât avant de foncer...mais quid pour en repartir?

La réflexion fut faites au bout de cinq bonnes minutes où les protagonistes adverses ne daignaient pas même se tourner vers elle, discutaillant à qui mieux-mieux. Avaient-ils noté le sabotage? Rien n'était sûr, néanmoins, l'opportunité était là. Ils lui tournaient le dos.

Avec un rictus sauvage et cruel elle tendit le fusil et ouvrit le feu. L'explosion suivante fracassa le ponton finalement fragile et balaya le type de la rive gauche tandis que, désarticulés, les deux soldats dessus rebondissaient pathétiquement contre le mur. Sur la rive droite le plus avancé fut soufflé en arrière et se cogna la nuque contre une racine tandis que le cinquième tombait sur les fesses, clignant stupidement des yeux. Il se tourna vers elle, hagard, sa main cherchant le fusil mais Mouse fut plus prompte t sa rafale claqua. Touché en plein visage, le corps s'affala lourdement sur le dos et Mouse se précipitât...ou plutôt nagea plus qu'elle ne courut, suant, ahanant jusqu'à la grille.

 

Le Manoir:

 

Comme l'avait prévu le saboteur, elle ne résistât point mais le bruit de la déflagration avait donné l'alerte et une équipe de Roquette arrivât sur ces entrefaites, tandis que homme en chemise noire, pantalon verdâtre, agitait un pistolet qu'elle ne parvenait pas à identifier.

Déjà, au loin, de tous les côtés arrivaient aussi d'autres silhouettes.

Il fallait agir, et vite et elle ouvrit le feu. Une grenade de son fusil fusa droit vers le lance-roquette dont les hommes étaient déjà en pleine installation. L'explosion les souffla, ne laissant que deux paires de jambes debout. Le tube finit par retomber quelques secondes plus tard tandis que l'homme au pistolet, sûrement Alvarez brandissait son arme vers elle. Elle tira une brève rafale qui l'envoyèrent mordre la poussière, puis, courant sus au manoir, dégoupilla grenade après grenade qu'elle projeta le plus rapidement possible aux travers les vitres, les brisant sans état d'âme tandis qu'autour d'elle les coups de feux claquaient, les frelons endiablés la frôlant insidieusement mais le bon dieu fut avec elle et les détonations retentirent dans la demeure qui sembla s'ébrouer, s'arracher du sol, gonfler, les autres vitres implosant littéralement, les tuiles tombant en cascade. Une dernière pour le garage avec un sourire et le tour fut joué.



Sans perdre plus de temps que nécessaire, sans un regard en arrière, elle fit volte face alors que l'explosion détruisait la Porsche qui allait ensuite entraîner dans un jeu de domino les autres véhicules. Mais, déjà, Mouse courait à perdre haleine vers la grille, se mordant les lèvres, le fusil plaquait contre elle, sans oser l'utiliser, s'arrêter ou essayer de se mettre à couvert...Non, elle  n'avait de vue que l'eau, la grille et elle y plongea presque, s'engouffrant, les bottes s'enfonçant, mais avançant irrémédiablement, résolument.

Et déboucha de l'autre côté non sans appréhension, alors qu'une rafale martelait l'eau dans son dos. Elle vérifia, jeta un coup d'oeil mais ne voyant personne entreprit une fois de plus de nager plus que de courir dans ces demi bas fonds, pour s'éloigner au plus vite avec la peur au ventre. Peur qu'un ennemi ne jaillisse des bois et lui tire dessus...

Mais, ce fut avec ravissement, le coeur battant la chamade et à court de souffle qu'elle atteignit le point d'extradition avec Rowe qui l'attendait lui tendant la main qu'elle prit fermement.

-On se taille, on se taille...Cracha t-elle, sentant la froideur de l'eau  la traverser.

La sueur perlait sur son visage pâle comme la mort, ses yeux étaient rougis mais elle affichait un sourire victorieux.




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